• Numéro 10

    Canada-Québec-Caraïbe. Connexions transaméricaines

 

Publier un article : Pourquoi ? Comment ? Où ?

Résumé

Cet article est une version allégée et remaniée d’une présentation réalisée à l’Institut des Hautes Etudes de l’Amérique Latine (IHEAL) le 22 octobre 2015. Prenant place dans la section « Fabrique de la recherche » de RITA, ce texte propose aux jeunes chercheurs des clés utiles pour publier les résultats de leurs recherches de la manière la plus judicieuse.

Mots-clés : Méthodologie ; Publications ; Valorisation de la recherche.

 
Abstract

This paper is a simplified and revised version of a presentation given at theInstitute of Latin American Studies (IHEAL) on October 22nd of 2015. Taking place in the “Research Factory” section of RITA, this text offers to young researchers useful keys to publish the results of their research by the most judicious way.

Keywords: Methodology; Publications; Research Development.

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Maxime Quijoux

Docteur en sociologie
Laboratoire Printemps (CNRS/Université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines)

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Publier un article : Pourquoi ? Comment ? Où ? 

 

 

Introduction

          Au cours de la thèse, on se pose rarement la question de publier des articles issus de sa recherche alors qu’il s’agit pourtant de l’activité dominante d’un scientifique. On donne en effet trop souvent une dimension très scolaire au travail de doctorant, presque infantilisante, alors que la recherche menée au cours du doctorat constitue bien souvent l’une des recherches majeures réalisées sur l’ensemble d’une carrière de chercheur. Concentré à produire des données et à les exploiter dans le cadre d’un mémoire final, on oublie l’importance et même les raisons de diffuser ses travaux dans des revues académiques. Alors, pourquoi publier un article ? Mais surtout comment le faire ? Dans cet article, il s’agira de proposer toute une série de remarques tirées à la fois de mon expérience en tant qu’auteur mais aussi en tant que membre du comité de rédaction d’une revue de sciences sociales (Terrains & Travaux(1)).

Un article scientifique consiste à rendre compte, de façon problématisée et ordonnée, des résultats tirés d’une recherche. Il a pour objet de traiter un point, plus ou moins substantiel, d’une enquête. Suivant une perspective cumulative et heuristique, un article a pour objectif d’apporter des réponses nouvelles à une série de problèmes posés par la science : il ne s’agit donc pas de confirmer des théories déjà existantes, mais d’apporter des explications nouvelles sur des problèmes nouveaux ou anciens. Si cela semble parfaitement évident pour les sciences exactes (on ne va pas, par exemple, réinventer aujourd’hui le vaccin contre la rage), il est important de le rappeler pour les sciences sociales dont les dimensions cumulatives et heuristiques ne sont pas toujours évidentes.

La publication d’un article dans une revue scientifique a donc un double objectif : diffuser des résultats mais surtout valider leur dimension scientifique. En effet, publier dans une revue académique implique toute une procédure plus ou moins stricte selon les revues qui permet de contrôler la fiabilité des données et l’originalité des résultats présentés. On a parfois tendance à réduire le sacre et la qualité de chercheur à la seule sanction de la soutenance de thèse. Or, qu’il s’agisse de travailler dans le monde de la recherche et/ou de faire autorité sur un domaine précis d’investigation, c’est surtout la diffusion de travaux par des canaux reconnus pour leur légitimité scientifique qui permettra d’y arriver. Ainsi, le recrutement dans les milieux académiques se fait aussi bien sur la base du rapport de soutenance, la pertinence d’un projet de recherche que sur la nature des publications. Par nature, il faut entendre le nombre mais surtout l’identité des revues dans lesquelles elles ont été publiées.

Comment publier dans une revue et les erreurs courantes à éviter

           Tout d’abord, intéressons-nous à la manière dont les revues lisent, sélectionnent et valident un article. Il y a généralement quatre étapes :

 À la réception d’un article, le secrétaire de rédaction mobilise entre 2 et 5 lecteurs du comité de rédaction pour le lire et le commenter. Pour éviter tout biais ou tout conflit d’intérêt, l’article est rendu anonyme. Chaque lecteur rédige un rapport allant d’un paragraphe à deux pages maximum dans lequel il résume le propos et rend compte, arguments à l’appui, de ses forces et de ses faiblesses scientifiques. Selon les revues, l’article est alors noté selon trois catégories : A, B, C. La lettre A signifie que l’article est publiable en l’état ou avec des modifications mineures. La lettre B renvoie à une publication hypothétique avec des modifications majeures. Enfin la lettre C constitue un refus de publication.

 L’article est ensuite discuté en comité de rédaction. Les différents rapporteurs exposent leur lecture de la contribution aux autres membres du comité et donnent leur avis sur la publication. Selon l’article, s’en suit une discussion, parfois serrée, sur le sort qui lui sera réservé. On expose non seulement ses points forts et ses failles mais on tente de jauger aussi, à l’aune de la qualité de la contribution, la capacité de l’auteur à reprendre son texte.

 Suite à cette discussion, le secrétaire de rédaction revient vers l’auteur pour l’informer des remarques des rapporteurs, dont il ignore également l’identité, et les modifications qu’il est censé apporter à l’article pour que celui-ci puisse être publié.

 Quelques semaines plus tard, l’auteur renvoie alors une version amendée. La nouvelle mouture est réévaluée par un des premiers rapporteurs et par un nouveau n’ayant pas connaissance de la première version. L’article est de nouveau soumis à discussion en comité de rédaction qui détermine s’il est publiable ou non. Il est parfois demandé une troisième version mais on évite si l’article est trop fragile.

Par conséquent, tout ce processus de sélection et d’amendement des articles prend un temps souvent (très) long mais qui reste indispensable pour obtenir des résultats à la fois fiables et heuristiques. Ainsi, entre l’envoi de l’article à la revue et le moment de la publication, il peut se passer plusieurs mois, voire plusieurs années.

Quelles sont les règles formelles et informelles à respecter pour assurer la publication de son article ?

          Les différentes attentes d’une revue scientifique semblent, a priori, connues de tous. Pourtant, il est difficile d’imaginer à quel point celles-ci ne sont pas respectées par les auteurs, ni dans le fond ni dans la forme. Ainsi, au sein de la revue à laquelle j’appartiens, environ 80% des articles sont rejetés, chiffre qui semble être la norme parmi la plupart des revues de sciences sociales. Parmi ces rejets, la plupart le sont parce que les contributions ne respectent pas ces règles basiques de la démonstration scientifique. On attend tout d’abord d’un auteur qu’il propose deux éléments fondamentaux : une question (la problématique) et une réponse à cette question (une thèse ou une idée).

On juge la qualité de cette question et de sa réponse aux regards d’une série de caractéristiques invariables. La problématique doit s’inscrire dans un débat scientifique déterminé ou/et renvoyer à un enjeu social majeur. Problématiser ne consiste donc pas à poser une question qui permettra simplement de dérouler des résultats ou de décrire une enquête. Il faut toujours arrimer un propos à une question qui renvoie à des débats scientifiques ou d’actualité. Problématiser suppose donc un travail important sur l’état de l’art d’un objet d’étude ou concernant la littérature grise d’un domaine disciplinaire. Ce travail bibliographique permet de saisir et d’ajuster au mieux l’originalité à la fois de la question et de la réponse proposées. Bien problématiser signifie donc montrer que votre question et votre recherche s’inscrivent dans des discussions scientifiques et apportent une réponse nouvelle à ces échanges. La réponse, quant à elle, doit être clairement exposée tout au long du propos : à partir d’un style simple et précis, l’auteur doit accompagner le lecteur dans sa démonstration : en ce sens, il est non seulement très important de soigner la rédaction (orthographe, grammaire, syntaxe) mais aussi de bien montrer la logique du raisonnement avec un plan bien structuré : celui-ci doit suivre un cheminement réfléchi et ordonné qui suit une trame déterminé à répondre à la problématique. En ce sens, lorsque l’article est long, on a tendance parfois à oublier la question de départ. Il ne faut donc pas hésiter à rappeler, de façon adroite, l’objectif de l’article et la question posée en introduction. Les citations et l’usage de concepts doivent venir appuyer la démonstration et non l’inverse : les lecteurs connaissent le plus souvent les auteurs mentionnés – bien mieux que le contributeur parfois – et souhaitent surtout lire ce que l’enquête apporte de nouveau à la question. Il faut donc faire un usage mesuré des théories et des penseurs. De même, la démonstration doit s’appuyer sur des éléments factuels : trop d’affirmations sans renvoi vers des données précises (statistiques, extraits d’entretiens, rapport d’observation) fragilisent l’analyse en lui donnant un caractère trop intuitif ou spéculatif. À cet égard, un encadré méthodologique précisant le contexte de l’enquête et la nature des données est souvent apprécié.

Quelle revue et quel format choisir ?

          Le choix de proposer une revue répond généralement à une série d’arbitrages issus de sa position dans le champ scientifique. Il est fréquent, par exemple, que les doctorants ou les jeunes docteurs, en particulier ceux provenant d’universités peu prestigieuses – et non-normaliens – s’autocensurent et s’interdisent de publier dans des revues généralistes et réputées et n’envisagent que des publications dans des revues secondaires ou consacrées à un objet précis ou à une aire culturelle. Or, ces mêmes revues souffrent de pénurie chronique de propositions d’article et sont généralement demandeuses de soumissions. En ce sens, il n’est pas nécessaire d’attendre un appel à contributions pour envoyer un article à une revue. La plupart proposent une rubrique varia destinée à recevoir des propositions spontanées et y consacrent même régulièrement la totalité d’un numéro. Par ailleurs, le choix d’une revue peut participer d’une affinité éditoriale : l’auteur l’apprécie pour son approche de l’objet, ses références théoriques ou les thématiques qu’elle aborde. S’il est parfois nécessaire de réaliser un travail d’adaptation théorique – et encore, les approches dogmatiques tendent à disparaître-, la plupart des (« bonnes ») revues fonctionnent désormais selon des modalités communes, en fonction de critères similaires, rappelés plus haut : deux évaluateurs jugeront votre proposition à l’aune de sa problématisation et de ses résultats. Enfin, le choix de la revue peut dépendre du public visé. En ce sens, le support peut occuper une place importante dans cet arbitrage : privilégier la diffusion numérique offre de toute évidence un accès bien plus large comparée aux revues papiers souvent chères et introuvables. Et même si les accès à ces publications se multiplient, entre certains portails comme persée.fr ou cairn.info, (ce dernier étant payant) et la diffusion personnelle des auteurs par des sites tels que halshs.archives-ouvertes.fr ou academia.edu, et bien sûr la bibliothèque universitaire, ces dernières demeurent moins visibles que des revues dédiées à la diffusion en ligne.

Conclusion

           En définitive, contrairement à ce que l’on croit, un article n’a rien de sorcier. Il faut simplement être rigoureux dans ses lectures, son écriture et sa démonstration. En suivant tous ces codes et bien sûr avec une recherche de qualité, il n’y a normalement aucun problème pour être publié. On pense souvent à tort que cet exercice est réservé à une élite. De même on réagit souvent mal lorsqu’on découvre que notre article n’est pas accepté dès la première version. Or, il est rarissime qu’il en soit ainsi, même pour les chercheurs confirmés ! Qu’on se le dise : écrire un article nécessite du temps, du travail et de l’abnégation. Mais c’est le prix à payer pour obtenir les connaissances les plus fiables possibles et participer ainsi à la légitimité de nos disciplines.

Notes de fin
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(1) http://tt.hypotheses.org/

Pour citer cet article

Maxime Quijoux,  « Publier un article : Pourquoi ? Comment ? Où ? », RITA [en ligne], n°9 : juin 2016, mis en ligne le 4 juillet 2016. Disponible en ligne : http://revue-rita.com/fabriquedelarecherche9/publier-un-article-pourquoi-comment-ou.html